Libre-échange agricole: le combat se poursuit

Alors que le projet d’accord de libre-échange agricole avec l’UE, tel qu’imaginé par le Conseil fédéral en 2008, peut être considéré comme cliniquement mort, le dogme du libéralisme est en pleine forme. L’Association suisse pour un secteur agroalimentaire (ASSAF- Suisse) tire un bilan dans le domaine des affaires internationales lors de son assemblée générale du 9 mai 2014. Elle s’inquiète plus particulièrement des développements concernant le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) entre l’Union européenne et les Etats Unis ainsi que d’un éventuel accord de libre- échange entre la Suisse et le Brésil.

Dogme du libéralisme

Dans son analyse, l’ASSAF- Suisse constate qu’au sein du Conseil fédéral et de l’administration, le dogme du libéralisme continue d’animer les esprits. Ainsi, c’est avec beaucoup d’impatience, que l’ASSAF attend la publication de l’étude sur l’ouverture de la ligne blanche, demandée par le Parlement dans la motion « Marché laitier ». L’ASSAF- Suisse rappelle qu’elle s’oppose à la libéralisation de la ligne blanche, qui aurait des conséquences désastreuses sur le prix du lait et finalement la compétitivité de ce secteur. Il est malheureusement fort probable que le Conseil fédéral et l’OFAG arrivent à des conclusions différentes.

Bientôt du soja transgénique brésilien et du bœuf américain aux hormones dans nos assiettes ?

L’ASSAF- Suisse s’inquiète de différents développements internationaux. Le Conseiller fédéral Schneider- Ammann souhaite conclure un accord de libre- échange avec le Brésil. Ce projet a été réactivé suite aux difficultés rencontrées dans le projet de libre- échange avec la Russie – Biélorussie- Kazakhstan et a déjà fait l’objet d’un voyage au Brésil de notre Ministre de l’économie. Ce projet inquiète fortement l’ASSAF- Suisse, car le Brésil a de grands intérêts dans l’exportation de produits agroalimentaires. Le Brésil s’est hissé au rang de premier exportateur mondial de sucre et de viande de volaille. Il occupe le deuxième rang des exportateurs de soja et le troisième rang pour la viande de bœuf. Dans le cadre de négociations avec la Suisse, le Brésil demandera indéniablement l’accès à notre marché agroalimentaire. Ceci mettrait une énorme pression sur les prix payés aux producteurs suisses et amèneraient des denrées alimentaires produites dans des conditions de production problématiques et incontrôlables dans les rayons de nos magasins.

La perspective d’un accord de libre-échange entre l’Union européenne et les Etats unis ne promet rien de bon pour le secteur agroalimentaire Suisse. D’une part, l’arrivée en masse de denrées alimentaires américaines dans les supermarchés de nos pays voisins augmentera la pression sur les prix. D’autre part, il faut craindre que l’industrie exportatrice suisse revendique rapidement un accès au marché américain à des conditions similaires que celles que l’UE aura négocié. Dans le cadre de ces négociations, l’ASSAF- Suisse craint que les USA revendiquent un accès au marché dans le domaine agroalimentaire. Face à l’arrivée de la production agroalimentaire de masse des Etats- Unis, le secteur agroalimentaire Suisse serait démuni.

Finalement, l’ASSAF- Suisse perçoit encore un autre risque important dans l’accord TTIP USA-UE. Cet accord qui engloberait 45% du commerce mondial pourrait bien avoir force de loi pour beaucoup de standards de qualité et de production. Si les Etats- Unis parviennent à imposer leur point de vue, certaines méthodes de production, interdites en Suisse, deviendraient « normales ». Ceci concerne autant les normes de protection des animaux, les OGM et l’utilisation d’hormones de croissance dans la viande.

Mobilisation du secteur agroalimentaire

Face à ces défis, le secteur agroalimentaire suisse doit être proactif. L’ASSAF- Suisse estime qu’il ne faut en aucun cas laisser le SECO ou l’OFAG tirer à eux seuls le bilan des accords en négociation. Le secteur agroalimentaire suisse doit faire ses propres analyses. C’est dans ce sens que l’ASSAF- Suisse travaillera avec différents mandataires du monde des hautes écoles et des universités suisses. Il s’agit de déterminer à quel point ces accords sont nuisibles pour notre secteur. L’ASSAF- Suisse poursuivra donc le combat, avec les consommateurs, afin que la production alimentaire indigène qualitative et saine ne soit pas ruinée par les promoteurs du dogme de la libéralisation.

Renseignements :    

Walter Willener, Président ASSAF-Suisse, Lausanne, 079 689 31 06
David Rüetschi, Secrétaire général ASSAF-Suisse, Lausanne, 079 677 82 12

Vendredi 9 mai 2014